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The Tarot Garden Bibliothèque

à Propos de l'Auteur

Edouard Finn est un psychothérapeute et un conférencier, crédité d'une grande expertise dans l'utilisation du tarot comme outil psychothérapeutique. Il est l'auteur de 10 livres édités et de nombreux articles, y compris Tarot, Gestalt et Energie (Ed. de Mortagne, Montréal, 1980). Son site Web peut être visité à : http://www.edouardfinn.com


English Version

Naissance du Tarot Arc-en-Ciel
par Edouard Finn

Le Tarot Arc-en-Ciel a été édité en Belgique en 1992 aux éditions Rainbow Awakener. Cette phrase pourrait figurer dans un document administratif et ne rendrait pas compte de l'extraordinaire aventure que la genèse de ce tarot a représentée. Au total, une aventure humaine avec des drames, des préjugés mais surtout une explosion de créativité sans pareil, impliquant plusieurs personnes.

Je ne ferai pas remonter ses origines au XIVe siècle - que le lecteur se rassure &endash; mais à un clair matin de 1990 à Bruxelles quand le téléphone a sonné chez moi. Au bout du fil une voix de femme, sérieuse, sans la moindre tentative de séduction dans la communication et qui demande à me rencontrer. Comme je pratiquais la psychothérapie mais aussi des lectures et des cours de tarot à caractère psychologique, je lui demande à quel titre. Elle me répond qu'elle veut que je lui apprenne à lire les tarots. Je lui propose de faire partie d'un groupe qui venait de commencer. "Non ! Non ! &endash; s'empressa-t-elle d'ajouter &endash; je veux des cours particuliers avec vous !"


- "Mais je serais obligé de vous compter mon temps au tarif de mes thérapies…"

- "Aucun importance ! D'ailleurs, je suis sûre que cela produira un effet thérapeutique sur moi ! Pouvons-nous prévoir des séances de deux heures ?"

- "Ce serait mieux mais encore une fois…"

- "Quand puis-je venir ?"

- "Jeudi prochain à 10 heures ! " et elle raccrocha poliment mais brièvement, sans fioritures verbales.

Je tâchais de me l'imaginer. Pas très jeune, un côté « bonne sœur » sans doute. Un accent que moi, issu des couches les plus pauvres de la population, je reconnaissais bien pour l'avoir parfois subi de façon humiliante. L'accent des beaux quartiers. Une bourgeoise donc ou - pire - une aristocrate.

On ne versera pas dans la lutte des classes mais que l'on sache que je suis fils d'un immigrant juif qui avait roulé sa bosse de Vilnius à Moscou en passant par Berlin et Lausanne pour échouer à Bruxelles en 1935. Ma mère était une paysanne suisse allemande &endash; pure aryenne &endash; et elle avait rencontré mon père à Lausanne où elle était en service dans une pension de famille. Voilà. Le naufrage à Bruxelles, en temps de crise et aux portes de la guerre, nous aiguilla tout droit vers les quartiers le plus misérables. Nous habitions à 7 dans quatre petites pièces. Il y avait des lits dans toutes les pièces sauf dans la cuisine bien entendu.


Tout cela pour expliquer la différence de classe entre Hélène Delvaux et moi. Elle se présenta à l'heure et sortit bientôt de l'ascenseur. J'eus une sorte de choc. Elle était vêtue d'une robe à fleurs qui lui tombait sur les chevilles. Les cheveux repris en bandeaux attachés par derrière en une sorte de catogan. Pas une once de maquillage ni de vernis à ongles. Les cheveux teints en blond cependant avec des repousses grises. Rien de l'attirail féminin classique. C'était une femme dans la cinquantaine qui ne faisait rien pour cacher son âge. Je la fis entrer. Elle sortit un enregistreur d'un grand sac en raphia. « Je peux enregistrer ? » Je fis signe que oui.

Nous commençâmes. Je ne me sentais pas bien avec cette femme sortie de la naphtaline et en droite ligne du XIXe siècle anglais. Quelque chose des « Grandes Espérances » de Dickens. Une horloge arrêtée quelque part dans son âme. J'ai donné je ne sais combien de cours sur la symbolique des tarots y compris dans un cycle d'émissions de radio sur le 3e programme de la RTBF avec Alejandro Jodorowski comme autre invité. Et voici qu'avec devant moi cette madame sans charme, un peu fanée, austère et raide comme un piquet, je me sentis « parlé » par le tarot. Cela ne m'était jamais arrivé. « C'est extraordinaire ! - s'écria Hélène au bout d'une heure &endash; Je savais que je devais passer par vous ! »

Nous nous rencontrâmes une douzaine de fois pour passer en revue les arcanes majeurs et il y eut six autres séances pour les arcanes mineurs plus deux autres fois pour apprendre à manipuler les cartes dans des tirages. Vingt séances de deux heures en tout soit quarante heures. Des heures inoubliables car à chaque fois, en sa présence, ,j'ouvrais, sans faire d'effort particulier, des portes inconnues de la symbolique des arcanes du tarot.

Elle m'invita à dîner chez elle. Un grand dîner avec beaucoup de monde. Je devais rencontrer dans sa maison l'excellent Louis Darms qui était son ami intime et dont elle défendait les idées originales sur l'interstance avec une ferveur touchante. En me levant de table, je heurtai une statue qui vacilla sur son socle puis tomba et se brisa en quelques morceaux. J'étais paralysé d'effroi. Le fait est que le salon était littéralement encombré de statues petites et moins petites, nées de son ciseau. Hélène était sculpteur. Elle vitupéra pour me reprocher de n'avoir pas proposé une réparation quelconque. J'étais terrorisé à l'idée de devoir lui payer une statue qui valait sûrement fort cher vu sa notoriété non négligeable en tant que sculpteur. « Je ne veux pas d'argent ! » lança-t-elle d'un ton sec « J'aurais aimé que vous ne fassiez pas le mort par rapport à cet incident ! C'est tout ! » Elle avait raison. Je m'étais montré puéril. Pour un peu, j'aurais accusé mon bras ou ma hanche d'avoir mal agi mais pas moi, non. Je n'y étais pour rien.


La suite nous rapprocha un peu. Elle m'organisa au printemps suivant un cours de tarot pour ses amies et elle-même (elle voulait refaire le cours). « Les cours auront lieu au château de mon amie à Jodoigne ! » sur un ton anodin. Le voile se levait sur ses origines. C'étaient des aristocrates. Hélène était baronne Delvaux de Ffenfes et son mari Édouard Houtart était baron lui aussi et petit fils d'Henri Carton de Wiart qui fut premier ministre en Belgique dans les années trente je crois (une avenue porte son nom à Bruxelles). Le père d'Hélène avait été secrétaire du roi Léopold III après avoir été ambassadeur de Belgique en Chine (ou Hélène vit le jour à Shanghai en 1933) et au Portugal. Son amie avait un château magnifique avec une des plus beaux colombiers qui soit dans une tour moyenâgeuse (il n'en reste que trois au monde) avec une échelle en spirale qui permet d'atteindre les nids disposés sur une hélice. J'allais donner mes cours dans ce château au cours d'un printemps magnifique, inoubliable. Le printemps de 1991.

Le groupe se montra très réceptif et naturellement tout le monde affichait d'excellentes manières, ce qui ne me déplut pas. Je restais quand même sensible à la facilité de la vie de ces gens qui n'avaient qu'un coup de téléphone à donner pour que leur rejeton fasse un stage de violoncelle à New York à la Juilliard School of Music ou devienne fonctionnaire des Nations Unies ou encore se lance dans l'entreprise. Moi j'avais dû ramer comme un malade. Il n'en fut jamais question.

Je passais l'été en Asie du Sud-Est en ce temps-là. Avant de partir, Hélène me fit part d'un projet qu'elle avait à cœur : dessiner un tarot sous ma supervision. Elle me montra des esquisses, puis un jeu de photos de ces mêmes esquisses. « Tu les emmèneras avec toi en Thaïlande… Ecris-moi quelque chose là-dessus… et je voudrais te payer une lecture de tarot que tu feras à ma fille qui travaille pour Handicap International au camp de réfugiés d'Aranyaprathet. » J'étais d'accord d'aller à Aranyaprathet, les laissez-passer étant difficiles à obtenir et la vie de ces Cambodgiens chassés de leur pays et meurtris m'intéressait. Par contre, je n'avais nulle envie d'écrire quoi que ce soit sur ses esquisses. Je profitais de mes séjours en Thaïlande pour écrire dans le plus grand isolement d'une petite ville du Nord appelée Nan et Hélène le savait. J'avais déjà en chantier l'écriture de « Stratégies de Communication vol. II » qui paraîtrait seulement en 1995 et je n'avais nulle envie de me disperser.

Il faut le savoir, on ne disait pas non à Hélène. Elle avait une manière (pas toujours douce d'ailleurs) de revenir à la charge, d'insister, d'enfoncer le clou dans votre crâne. Bref, je finis par lui envoyer de Bangkok un texte qui lui plut.


A mon retour, elle me fit part de son intention d'éditer un kit : tarot, livre plus une cassette avec ma voix faisant une induction hypnotique s'inspirant de la symbolique de ses cartes, elle proposa que son fils François (organiste) joue du Bach en arrière-plan. Je m'opposai à cela et proposai plutôt la collaboration de mon neveu Nicolas, auteur-compositeur. Il était un peu sur la touche et serait heureux de collaborer à un tel projet, me sembla-t-il. Son talent était indéniable et son dernier disque avait obtenu un succès important (plus d'un million d'albums vendus). Hélène accepta et Nicolas entra dans l'équipe… pour connaître presque immédiatement une panne sèche de créativité qui le conduira jusqu'à un épisode psychotique. Nous dûmes changer de musicien. Ce furent finalement Pascal Chardome et Line Adam, libérés de leurs engagements vis-à-vis du chanteur Julos Beaucarne, qui travaillèrent à l'improvisation musicale que nous leur avions imposée sur ma voix, et la cassette devint CD. Lors de l'enregistrement de l'induction hypnotique (nous dûmes changer deux fois de lieu et d'ingénieur du son) je connus à nouveau cette sensation « d'être parlé » plutôt que de parler et nous enregistrâmes cette induction en une seule prise, totalement improvisée, de 75 minutes. Pas la moindre bafouille. Surprenant.

Il fallut trouver un imprimeur. Bien sûr, la Belgique est le siège de la plus grande fabrique de cartes à jouer du monde (Carta Mundi à Turnhout) mais Hélène préféra un imprimeur de sa connaissance qui se tira fort bien d'affaire et à un prix plus modique sans doute. Hélène fonda une maison d'édition, Rainbow Awakener, pour sa parution. Elle chargea son fils Sébastien &endash; designer de talent &endash; de formater le tout et au printemps de 1992 le Tarot Arc-en-Ciel vit le jour. Hélène fit ses comptes et le mit à prix à 220 $ U.S. Il s'en vendit peu. Madame la Baronne n'allait quand même pas faire le tour des librairies avec ses cartons de livres. Je lui présentai une spécialiste en relations publiques qui s'occupait déjà de mes autres livres (publiés au Canada) mais la rencontre n'eut pas de suite. Les livres et les cartes demeurèrent dans le garage d'Hélène et à ma connaissance, je fus le seul à en vendre un peu au cours de mes conférences. Le dernier en date me fut acheté par une dame de San Diego en Californie en 1999.

Tout ce qui précède ne dit rien des empoignades qui eurent lieu entre Hélène et moi au cours de la phase où elle dessinait les cartes au risque de s'abîmer les yeux, elle qui n'était pas miniaturiste. Par exemple, pour la carte de l'Impératrice, elle voulait mettre un pélican nourrissant ses petits de sa propre chair. C'est un symbole christique important et que j'approuvai. La tradition des peintres italiens montre le pélican se faisant saigner abondamment pour nourrir ses petits. Hélène ne voulut pas représenter le sang et rien ne l'en fit démordre. Elle arguait que son éducation catholique l'avait fatigué du « dolorisme » traditionnel et que ce serait donc un pélican non sanglant. De plus, elle tint à représenter sur cette carte une clepsydre que j'aurais mieux vue à la carte de l'Ermite puisque c'est un appareil à mesurer le temps. Là encore, refus total de changer d'avis. Par contre, elle me fit la faveur de mettre la Force à califourchon sur une licorne, sachant que j'avais écrit un livre (partiellement publié) sur le sujet. Je lui fis remarquer que la carte de la Lune avait une connotation sexuelle, ce qui l'embarrassa fort mais pas longtemps, et j'ironisai à lui dire que son Diable avait comme un morpion dans les poils pubiens alors qu'elle avait voulu représenter le signe du Cancer.


Je respectai ses points de vue, comme à aucun moment elle ne suggéra de changement à mon texte. Je reste sur le regret que ce tarot ne connut aucun succès de librairie. Je n'ai jamais touché de droits d'auteur pour cause de non-vente. C'est un de ces exemples où la perfection du produit n'a pas rencontré le public. Notre époque est bien marquée au coin de la banalisation et de la mise en marché. Nous fûmes, Hélène et moi, artisans du Moyen Age. Hélène Delvaux décéda en 1998 je crois.

© Edouard Finn
31 July 2002


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